Een thema dat regelmatig lijkt terug te komen in Dutilleux’ oeuvre is dat van de ‘tijd’. Zoals in één van zijn laatste composities, de liedcyclus Le temps l’horloge voor sopraan en orkest. Lees de gedichten van Tardieu, Desnos en Baudelaire.

Le temps l’horloge

L'autre jour j'écoutais le temps
Qui passait dans l'horloge.
Chaînes, battants et rouages
Il faisait plus de bruit que cent
Au clocher du village
Et mon âme en était contente

J'aime mieux le temps s'il se montre
Que s'il passe en nous sans bruit
Comme un voleur dans la nuit

- Jean Tardieu, 1976

Le Masque

Un lourd objet de bronze creux
En forme de masque aux yeux clos
S'élève lentement et seul
Très haut dans le désert sonore.

Jusqu'à cet astre vert, à cette Face
Qui se tait depuis dix mille ans,
Sans effort je m'envole,
Sans crainte je m'approche.
Je frappe de mon doigt replié
Sur le front dur sur les paupières bombées,
Le son m'épouvante et me comble :
Loin dans la nuit limpide
Mon âme éternelle retentit.

Rayonne, obscurité, sourire, solitude!
Je n'irai pas violer le secret
Je reste du côté du Visage
Puisque je lui parle et lui ressemble.
Cependant tout autour la splendeur c'est le vide,
Brillants cristaux nocturnes de l'été.

- Jean Tardieu, 1961

Le dernier poème

J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée.

- Robert Desnos, 1953

Le futur antérieur

Très jeune, je me suis installé dans
mon passé. Non dans un passé réel
que je ne pouvais encore posséder,
mais dans la vision anticipée de mon
destin, comme si ma vie s'était déjà
déroulée jusqu'au bout, comme si je la
contemplais du haut de ma mort, dans
la mélancolie du souvenir. Peu à peu,
le vrai passé recouvre cette sorte
d'image antérieure, à la façon d'une
ombre de nuage épousant les contours
et les volumes d'une montagne.
Le passé prévu et le passé vécu se
rejoignent lentement : la zone encore
claire, pressentie, reconnue, acceptée,
diminue chaque jour. Elle n'est qu'une
illusion de liberté et de découverte.
Ainsi quand viendra la mort, elle ne
trouvera personne: il y a longtemps,
très longtemps que j'ai cessé de vivre
et que je me contemple avec une
infinie tristesse, dans la paix des
temps accomplis.

- Jean Tardieu, La part de l’ombre, 1972

Dit gedicht vormt de basis voor de puur instrumentale Interlude.

« Enivrez-vous »

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise ».

- Charles Baudelaire, Le spleen de Paris (ou Petits Poèmes en Prose), 1869

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