Brussels Philharmonic | les sept dernières paroles

les sept dernières paroles

Die sieben letzten Worte unseres Erlösers am Kreuze (Les sept dernières paroles de notre sauveur en croix) de Haydn fut créée dans un lieu symbolique : la grotte sacrée Santa Cueva, creusée dans la montagne. Pour l’occasion, Haydn écrivit une œuvre intime et presque méditative, qui reflète, même en l’absence de texte, de façon poignante les derniers mots du Christ sur la croix. L’œuvre fit une telle impression qu’elle fut bientôt jouée dans toute l’Europe.

Chacune des sonates, chacun des textes plutôt, est rendu par une musique uniquement instrumentale, de telle sorte que même dans l’âme de ceux qui savent très peu de choses, elles suscitent l’impression la plus profonde.
Joseph Haydn

L’un des quatuors à cordes les plus extraordinaires de Joseph Haydn fut conçu à l’origine comme une œuvre orchestrale, Die sieben letzten Worte unseres Erlösers am Kreuze. En 1786, Haydn fut chargé par un chanoine espagnol de fournir un commentaire musical sur les sept dernières paroles du Christ sur la croix. L’œuvre devait être jouée pendant la célébration de Pâques, le Vendredi saint, dans la cathédrale de Cadix complètement obscurcie, la musique invitant à la contemplation pendant le sermon de l’évêque. Haydn écrivit dans l’introduction à l’édition de la version « oratorio » de l’œuvre : « Ce ne fut pas une tâche aisée que de composer sept adagios consécutifs durant près de dix minutes chacun, sans lasser les auditeurs. »

Afin de conserver une variation suffisante, chaque méditation possède sa mélodie propre, basée sur le rythme du texte des mots latins correspondants. Afin de souligner le caractère de chaque mouvement, le compositeur alterne entre mineur et majeur. L’œuvre est encadrée par un prologue solennel et extrêmement lent et une fin d’une grande puissance. Ce dernier mouvement, Il terremoto – faisant référence au tremblement de terre qui suivit la mort du Christ sur la croix – se termine avec « tutta la forza », comme pour réveiller le public de sa transe.

La création de l’œuvre le 26 mars 1787 fut si bien accueillie que celle-ci fut bientôt entendue dans l’Europe entière. La même année, Haydn arrangea la partition pour quatuor à cordes. La transcription pour piano date également de 1787. Elle n’est pas de la main de Haydn, mais bénéficia de son approbation. Au cours de son dernier voyage de Londres à Vienne, Haydn assista à Passau à une représentation de l’œuvre dans une version pour orchestre, chœur et solistes. Les parties supplémentaires avaient été écrites par le maître de chapelle local Joseph Friebert. Haydn fut impressionné, mais pensa qu’il pouvait écrire de meilleures lignes vocales. Dès son retour, il se mit au travail, assisté du baron von Swieten, qui fournirait également le texte de Die Schöpfung et Die Jahreszeiten.

Si la version « oratorio » est devenue plus rapidement populaire que la version instrumentale originale, cette dernière reste la plus fidèle au caractère rituel. Ou, comme Haydn l’écrivit à son éditeur londonien William Forster : « Chacune des sonates, chacun des textes plutôt, est rendu par une musique uniquement instrumentale, de telle sorte que même dans l’âme de ceux qui savent très peu de choses, elles suscitent l’impression la plus profonde. »

par Aurélie Walschaert