Dans ses deux derniers opus, An Ancient Observer et For Gyumri, le pianiste arménien Tigran Hamasyan avait opté pour le piano solo. Flagey a vu les choses en grand en lui proposant une carte blanche et une collaboration avec le Brussels Philharmonic dans le cadre de la série “Jazz Meets Symphonic”.

“Je vais mourir de stress.”
- tigran hamasyan
D’où vient, chez les musiciens de jazz, cette fascination qui les pousse à se lancer, tôt ou tard, dans une formule inspirée par l’univers du classique ?

Depuis longtemps, j’avais l’impression qu’un certain nombre de mes compositions pouvaient être adaptées à un spectre sonore plus large – celui d’un orchestre. Au fil des années, j’ai déjà reçu différentes propositions allant dans ce senslà, mais je me suis toujours défilé. J’ai fait une tentative avec le Geneva Camerata, qui ne s’est pas tout à fait déroulée comme je l’avais imaginé. Les musiciens avaient retravaillé une partie de mes arrangements pour que tout convienne parfaitement à leur formation spécifique. Le résultat final m’a semblé plutôt moyen. L’année dernière, j’ai décidé d’accepter la proposition de Flagey car l’équipe m’a garanti une liberté totale et un contrôle complet sur le résultat final.

Y a-t-il des liens avec le concert que vous avez donné en 2015 à l’Abbaye de la Cambre avec le Yerevan State Chamber Choir ?

Ce chapitre reste particulier dans ma discographie et je n’ai pas voulu l’intégrer à ce projet-ci. Je n’ai donc sélectionné aucun morceau de Luys i Luso, l’album que j’ai enregistré avec le choeur. Les pièces que j’ai choisies pour collaborer avec le Brussels Philharmonic sont tirées d’autres albums, dont mes derniers enregistrements en solo, Shadow Theater et A Fable.

Y a-t-il un message sous-jacent dans votre musique ?

Pas vraiment. Certains titres évoquent bien sûr des images et des idées, mais ils ne portent aucun contenu politique explicite. Pour moi, chaque projet est une nouvelle histoire. Tout tourne autour de la musique. C’est dans la musique aussi que je puise mon inspiration. Les facteurs extérieurs sont secondaires.

Flagey vous a déjà invité à plusieurs reprises. Est-ce une histoire d’amour réciproque ?

C’est une institution fantastique de A à Z. L’acoustique de la salle est idéale et le public toujours à l’écoute. Quand un artiste sent qu’un organisateur le suit de près et croit en ce qu’il fait, cela crée naturellement un lien particulier qui donne envie de se dépasser. Et puis, j’aime beaucoup Bruxelles, m’y balader. C’est une ville compacte mais qui a beaucoup à offrir.

Votre discographie officielle compte aujourd’hui dix albums, sans compter les trois premiers qui ne sont plus disponibles. L’année dernière, vous avez fêté votre trentième anniversaire. Avez-vous atteint les objectifs que vous vous étiez fixés ?

Je ne conçois pas mon parcours comme une suite d’objectifs à réaliser, ce serait vite ennuyeux. Ce qui est important, c’est le chemin parcouru et non la destination finale. J’essaie en tout cas de m’améliorer sans cesse, c’est mon fil rouge.

Avez-vous un rituel avant de monter sur scène ?

Chaque concert est différent. J’essaie surtout de ne pas être trop fatigué. Avant, je faisais des pompes, mais cela produisait l’effet contraire, j’étais plus fatigué que détendu. Un peu de yoga me fait du bien. Mais une chose est sûre : je serai mort de stress à Bruxelles et je ne pourrai rien y faire (rires).

par Georges Tonla Briquet (Brussels Jazz Festival journal)

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